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La place de Verdun



Au coeur de l'extension vers le sud, réalisée dans la première moitié du XIXe s. à partir des projets établis deux siècles auparavant par Vauban, se trouve une très vaste place presque carrée.

Au centre, le terrain totalement nu destiné aux manoeuvres militaires justifiait son nom de Place d'Armes. Il a depuis été garni d'un square arboré qui adoucit la monumentalité de l'ensemble.

Trois des côtés de ce nouvel espace urbain sont bordés de bâtiments officiels consacrés au représentant de l'Etat, à l'armée, à la culture et à l'enseignement. C'est un véritable transfert depuis le coeur historique en faveur de cette place-vitrine. Ainsi la préfecture abandonne l'ancien palais de Lesdiguières au profit d'un vaste édifice réalisé entre 1862 et 1866. Cet hôtel occupe à lui seul tout un côté de la place. L'architecte parisien Questel (qui intervint aussi au château de Versailles) et le grenoblois Riondel firent construire une réplique de château classique du XVII° s., toute en pierre de taille, ornée de bustes et de sculptures variées. Cette abondance des ornements et l'emploi de ce matériau tranchent vivement sur l'architecture grenobloise traditionnelle, aux façades sobres recouvertes de crépi pour masquer l'hétérogéneité des constituants. C'est un affichage de puissance et de richesse inédit qui annonce l'architecture haussmannienne.
L'armée, très présente alors dans cette ville-frontière, est représentée d'une part par l'hôtel de la Division et d'autre part par l'école d'artillerie (aujourd'hui Cercle militaire). Le premier, également néo-classique (1862 par l'architecte parisien Delarue) mais plus proche du XVIII° s., renferme des décors intérieurs soignés, même s'ils n'ont pas l'opulence des salons de la préfecture qui conjuguent les stucs, les ors, les parquets marquetés, les plafonds sculptés... Son nom fait référence à la 27° Division Alpine (disparue en 1995) dont les chasseurs alpins, les "diables bleus", s'illustrèrent dans les combats de montagne. Le second bâtiment militaire (1858) relève du même style, avec un toit dissimulé derrière une balustrade à la manière versaillaise. Il masque la présence au fond de la parcelle de l'hôtel du Gouverneur militaire, tout aussi soigné et environné de verdure. Naturellement, la préfecture aussi dispose dès l'origine d'un vaste jardin aujourd'hui bordé par le Conseil Général de l'Isère.

Enfin il faut mentionner le palais des facultés (1875-79) qui regroupait alors tous les étudiants de lettres et de sciences (!) et surtout le musée-bibliothèque, un modèle du genre, réalisé par Questel en 1865-67. Cette fois c'est la Renaissance qui inspire la façade, avec des niches garnies de statues, des bas-reliefs aux draperies ondoyantes, toute une richesse de sculpture qui fait pendant à la Préfecture... du même architecte ! Mais les intérieurs utilisent largement des charpentes métalliques, par exemple pour les audacieuses verrières zénithales, ce qui en fait bien le contemporain de la halle Ste-Claire. Le bâtiment regroupait le musée, lancé en 1796 par L.J. Jay (aujoud'hui Musée de Grenoble) et la bibliothèque publique, devenue depuis la bibliothèque municipale, oeuvre du Dr Gagnon grand-père de l'écrivain Stendhal. Ce vaste édifice est aujourd'hui en attente d'affectation.
Exemple du goût pour les pastiches plus ou moins fidèle, modèle de place officielle où le pouvoir se donne pignon sur rue dans la pierre, la place de Verdun inaugure en fanfare le nouvel art de bâtir pratiqué à Grenoble au XIXe s.


Anne CAYOL GERIN guide conférencière au Fil d'Ariane - juin 96
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