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Le Domaine universitaire se distingue à la fois par l'intelligence de sa conception
architecturale et par son parc de sculptures, unique en France. L'architecture est à
comprendre d'un triple point de vue : urbanistique, historique et organique. |
Sur le plan de l'urbanisme, l'architecte en chef, Georges Bovet, a
conçu son projet sur le modèle d'un village, selon un schéma d'organisation assez
simple rappelant dans ses grandes lignes celui de la ville antique : une grande place centrale dallée, un axe principal orienté est /
ouest qui traverse le Domaine de part en part, et un îlotage des bâtiments par
spécialité (Lettres, Sciences Humaines, Sciences Physiques, etc.) ou par destination
(résidences).
Du point de vue historique, l'ensemble est dominé par quelques uns des principes chers à
Le Corbusier : immeuble sur pilotis, toit-terrasse, béton brut de décoffrage, loggias, brises-soleil,
etc. Toutefois, la façon de lier les bâtiments entre eux par des passerelles
formant portiques, le tracé contrarié de certains plans, le dessin très linéaire d'un
volume, la transparence résultant du vitrage ou encore le jeu associé du béton,
de l'acier et du verre, évoquent le souvenir de Walter Gropius et celui de son oeuvre
maîtresse en Allemagne : le Bauhaus de Dessau. Même le passage à Grenoble de
l'ingénieur militaire, Vauban, est discrètement rappelé dans la forme de glacis
imprimée aux talus en pierres sèches qui bordent la grande place centrale. Cela dit,
ces présences de l'Histoire ne sont pas de banals pastiches, mais autant de citations au
service d'un texte d'une rare cohérence d'écriture et de style. Sur le plan organique
enfin, la leçon de Franck Lloyd Wright se révèle dans le dialogue, aussi riche que
pertinent, établi entre l'architecture et l'environnement naturel dont la forte identité
géo-morphologique ne pouvait être ignorée. Le visiteur est tout d'abord frappé par
l'importance des espaces verts et la luxuriance de la végétation. Leur fonction est
triple : agrémenter le site et constituer des zones de respiration vitales entre les
bâtiments ; favoriser tout à la fois la détente et la méditation ; instaurer un lien
vivant entre la matérialité de la chose construite, l'homme et le milieu environnant. Si
les immeubles se caractérisent par leur horizontalité relativement affirmée, c'est pour
s'accorder à la platitude de la vallée du Grésivaudan. En retour, les formes courbes et
accidentées du cirque de montagnes compensent optiquement la rigidité de la ligne droite
; on peut même les reconnaître ici ou là dans les plans tronqués d'un volume ou la
surface gauche d'un toit. Quant au bois traité en parement, il évoque bien sûr l'aspect
du chalet alpin, tandis que les galets du Drac, employés dans divers murets ou en drains
de fondations, rappelent un élément de la géologie locale. |