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Collège des Jésuites


L'enseignement "secondaire" est très ancien à Grenoble. Les guerres de religion l'avaient désorganisé. C'est Lesdiguières à qui la ville et la province doivent tant d'autres bienfaits, qui le rétablit. En effet, il proposa aux Jésuites de prendre la charge d'un collège, mais les pourparlers n'aboutirent pas et les Dominicains, ayant offert de fournir local et professeurs, eurent la direction de l'établissement qu'ils installèrent dans leur couvent en 1606. Cependant les Jésuites obtenaient de Louis XIII, de passage à Grenoble, en novembre 1622, l'autorisation de bâtir dans la ville une maison et une église "pour y faire toutes les fonctions et exercices attribués à leur ordre" parmi lesquels, l'éducation de la jeunesse.
Dès 1634, ils achetaient un emplacement et projetaient d'y construire un collège malgré de nombreuses oppositions. Ils eurent gain de cause après une lutte acharnée et obtinrent même la suppression des classes du collège des Dominicains et le transfert, à leur profit de diverses subventions.
En 1651, pour la Saint-Martin, (11 novembre) les Jésuites ouvraient leur collège dans des locaux provisoires et la construction définitive fut entreprise en 1660. Les fondations de l'église étaient bénies le 31 décembre 1664 ; les travaux s'achevaient deux ans plus tard, mais la façade ne fut terminée qu'en 1707. Elle est imposante par sa rigueur classique.

L'église en forme de croix latine surmonté d'un dôme et flanqué de six chapelles, parut au XVIIIème siècle digne d'inspirer la reconstruction de la cathédrale de Moutiers en Tarentaise, mais elle apparaît aujourd'hui complètement défigurée par les aménagements successifs. Les autres bâtiments ont mieux gardé leur aspect primitif : c'est le plan classique des collèges de Jésuites.
Autour d'une cour carrée s'ordonnèrent, au fur et à mesure de la construction des locaux un corps de logis situé au sud (1660), un autre au nord (1669-1673) ; pour les relier à l'est, le long de l'église, un rez-de-chaussée bientôt surmonté d'une galerie à hauteur du premier étage ; à l'ouest un bâtiment qui était destiné à loger les internes à partir de 1727. La galerie était enfin rehaussée sur une hauteur de deux étages et ainsi les quatre côtés de la cour sont de même hauteur et bien que leur construction ait duré plus d'un siècle ils forment un ensemble homogène. On voit encore au rez-de-chaussée les classes avec leurs inscriptions latines OVINTA, QVARTA, TERTIA, HUMANITAS, RHETORICA, LOGICA, PHYSICA, la plupart de ces salles n'ont pas changé de destination dans l'établissement actuel, le Lycée International Stendhal. Dès 1667, il y avait "communément cinq cents escholiers qui estudiaient" et vingt-deux pères en résidence à Grenoble, il ne faut pas oublier que l'enseignement était gratuit et ouvert à tous.

Il y eut au collège un homme qui mériterait d'être mieux connu, le Père Bonfat qui laissa sur les murs de l'escalier sud un magnifique cadran solaire.
Pendant une centaine d'années la maison fut florissante mais en mars 1763 à l'exemple du Parlement de Paris, celui de Grenoble faisait fermer le collège des Jésuites. Pour les remplacer, les consuls de Grenoble recrutaient des ecclésiastiques séculiers puis des prêtres d'une congrégation lyonnaise, mais l'enseignement était médiocre et démodé , les élèves de moins en moins nombreux. Les dirigeants devaient vendre la bibliothèque, le mobilier d'église puis laisser le bâtiment se délabrer.
Les remous de l'histoire entraînèrent la disparition de tous les collèges royaux au profit de la création des écoles centrales en 1795.

Mlle Chabert et M .Vachon Professeurs honoraires de lettres du Lycée Stendhal

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